Agnès Desplaces et la féminité

Petit questionnaire

La féminité est l’ensemble des caractères anatomiques et physiologiques propres à la femme, précise froidement le Larousse ; comment la représenter alors ?
Chez Agnès Desplaces, la délicatesse n'a rien de superficiel, elle est l'expression d’une haute exigence. Et c’est probablement parce qu’elle n’est pas perceptible que les artistes ont toujours tenté de la décrire.
C’est cette perception qui nous interroge: comment parler de féminité et de délicatesse dans la peinture sans tomber dans un discours mièvre ou féministe?
Nous avons donc questionné cette artiste pour nous raconter cet aspect de son travail.


Anne Sirot : La féminité nécessite-t-elle la représentation d’un sujet féminin ?
Agnès Desplaces : La femme et la féminité : étrange qu’il puisse exister une distinction entre ces deux termes. Il est vrai que le concept de féminité n’est pas clair et qu’être une femme n’est pas conceptuel.
Je pense que la féminité est au pluriel, elle n’a ni une forme unique, ni un visage unique, elle s’exprime en chaque femme et sans aucun doute l’aspect esthétique comme révélateur tient une place de plus en plus importante.
A.S. : La position des sujets de dos renforce-t-elle le charme indéfinissable de ces femmes ?
A.D. : Je ne pense pas que la position de dos ait un rapport direct avec le charme qui peut se dégager de certains personnages. Seulement elle renforce le mystère de leurs présences et convoque l’imaginaire de chacun selon son propre vécu. Quand le modèle tourne le dos, c’est une manière d’exprimer une sensualité très chaste et respectueuse de l’intimité de la femme.
A.S. : Ces silhouettes sont à peine esquissées et pourtant très présentes, de cette dualité naît-il un questionnement sur ces femmes et leurs mystères ?
A.D. : Je brosse rapidement les lignes et les contours pour donner l’impression d’une femme observée, surprise et ainsi permettre à chacun de suggérer et de construire son propre possible. Mais c’est plutôt les multiples instants accumulés qui font la narration de la toile, et qui permettent l’expression du questionnement, transférant à ces silhouettes féminines toujours éphémères un certain mystère.
A.S. : Les couleurs et nuances utilisées participent-elles à l’évocation de la féminité ?
A.D. : Oui, très probablement car les couleurs ne sont-elles pas aussi des émotions ? La toile est en constante métamorphose, elle garde les strates et les traces d’une mystérieuse alchimie : d’abord la peau aux tons aussi laiteux qu’ambrés et ensuite toutes les matières où les pigments se déposent qui confèrent un mouvement calme et sensuel.